Bilan des cinq ans de la Transition : le grand oral d’Abdoulaye Maïga, entre fierté assumée et lucidité imposée
Le rideau est tombé, jeudi 6 août 2026 à la Primature, sur les Rencontres d’échanges du Gouvernement avec les populations sur le bilan des cinq ans de la Transition. Après plusieurs semaines durant lesquelles chaque ministre est venu défendre le bilan de son département devant les forces vives de la nation, c’est le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, qui a fermé la marche. Son discours de clôture n’était pas un simple exercice protocolaire : c’était, à bien des égards, un acte politique fondateur. Que peut-on en retenir, au-delà de la solennité de la tribune ?
Un récit assumé : de la restauration à l’accélération
Le message central du Premier ministre tient en une formule : le Mali tourne la page de l’urgence pour entrer dans le temps de l’accélération du développement. Cinq années durant, l’exécutif de Transition explique avoir consacré son énergie à deux chantiers indissociables : la restauration de l’autorité de l’État et la reconquête de la souveraineté nationale. La prochaine étape, elle, devra désormais s’orienter vers l’industrialisation, la transformation locale des matières premières et le renforcement des infrastructures.
Ce basculement rhétorique n’est pas anodin. En choisissant de qualifier la période 2021-2026 de phase de « restauration » achevée, le gouvernement s’autorise à ouvrir un nouveau cycle de légitimité, adossé à une feuille de route de long terme : la Vision Mali Kura 2063 et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033). Autrement dit, la Transition ne se contente pas de dresser un bilan : elle trace, dans le même mouvement, l’horizon des dix prochaines années.
Les acquis mis en avant : sécurité, souveraineté minière, réformes institutionnelles
Sur le plan sécuritaire, le discours revendique une montée en puissance des Forces armées maliennes, portée par la modernisation des équipements et une plus grande autonomie d’action laissée aux unités sur le terrain. Cette doctrine militaire s’articule désormais à l’échelle régionale, à travers l’Alliance des États du Sahel (AES), présentée comme un bouclier de solidarité avec le Burkina Faso et le Niger.
Sur le plan économique, le gouvernement met en scène une rupture avec l’ancien modèle minier. La réforme du Code minier de 2023 et la renégociation des conventions avec les sociétés d’exploitation aurifère auraient permis de recouvrer plusieurs centaines de milliards de francs CFA en redevances et régularisations fiscales, dont une partie reversée directement aux collectivités via un fonds de développement local. Un discours qui trouve un écho particulier au Mali, où la question de la redistribution des ressources naturelles reste un sujet sensible depuis des décennies.
Sur le plan institutionnel enfin, l’adoption de la Constitution de juillet 2023 et l’avènement de ce que le pouvoir appelle la « Quatrième République » sont présentés comme les jalons d’une refondation politique durable.
La part de vérité : des difficultés reconnues, non dissimulées
C’est peut-être l’élément le plus intéressant à analyser dans ce discours : le Premier ministre n’a pas cherché à masquer les tensions qui traversent le pays. Il l’a dit sans détour : le gouvernement ne cherche ni à embellir la réalité, ni à minimiser les difficultés que vivent encore de nombreux Maliens. L’emploi des jeunes, le pouvoir d’achat, l’accès à l’énergie et l’insécurité persistante dans certaines zones rurales ont été cités comme les défis majeurs qui subsistent.
Ce choix de communication mérite d’être souligné. Dans un contexte où la parole publique est souvent soupçonnée de vouloir enjoliver le réel, l’aveu de difficultés persistantes notamment sur l’énergie, un secteur que suivent de près les Maliens confrontés aux délestages participe d’une stratégie de crédibilisation du discours institutionnel. Reste à savoir si cette reconnaissance officielle des lacunes se traduira, dans les mois qui viennent, par des résultats concrets et mesurables pour les populations, notamment en matière de fourniture électrique et de coût de la vie.
Ce que cet exercice dit de la gouvernance de la Transition
Au-delà du contenu, la forme de cet exercice un cycle de rencontres avec les forces vives de la nation, suivi d’un discours de synthèse du chef du gouvernement s’inscrit dans une logique de redevabilité revendiquée par les autorités. C’est un choix de gouvernance qui cherche à installer, dans l’opinion, l’idée d’un pouvoir qui rend des comptes plutôt qu’un pouvoir qui décrète.
Mais un bilan officiel reste, par nature, un exercice de communication politique où l’exécutif choisit son propre cadre d’évaluation. La question qui se pose désormais à la presse et à la société civile est celle du contrôle indépendant de ces chiffres : les 760 milliards de francs CFA de recettes minières recouvrées, les fonds reversés aux communes, les indicateurs de sécurisation du territoire autant de données qui méritent un suivi rigoureux et des vérifications croisées avec des sources indépendantes, au-delà du seul discours gouvernemental.
En somme ce discours de clôture marque une transition dans la transition elle-même : celle du récit de l’urgence vers celui de la construction. Le Premier ministre a choisi la fermeté du bilan plutôt que la fuite en avant, tout en s’engageant sur une trajectoire ambitieuse à horizon 2033. Le vrai test, pour les Maliens, ne se jouera pas dans les salles de la Primature, mais dans leur quotidien : leur facture d’électricité, leur pouvoir d’achat, et les perspectives d’emploi offertes à une jeunesse dont l’impatience a été, elle aussi, reconnue par le chef du gouvernement.
La rédaction














































